HPI, philo cognitifs, zèbres...

J'ai commencé à m'intéresser à cette question il y a de nombreuses années, lorsque, confrontée à ces patients, adultes ou enfants, j'ai succombé au charme de leur côté atypique et parfois

décalé... Fascinants, surprenants, ils ont suscité en moi un fort désir de les aider à déployer leurs ailes, à se révéler pour apporter au monde ce qu'ils ont de si précieux et qui semble si mal compris... 

Mon plus grand bonheur est de les voir s'épanouir et se révéler. 

J'ai décidé de mettre en place des ateliers de groupes thérapeutiques destinés aux enfants et aux adolescents, groupes qui connaissent un franc succès tant leur plaisir de se retrouver est grand. 

Ma démarche:

Ce sujet suscite un réel engouement et comme dans toute vague d'engouement, circulent nombre d'informations parfois erronées sur le sujet. Certains sont même véhiculées par des thérapeutes plus ou moins sérieux qui surfent sur la tendance. 

Les dégâts générés par les déviances actuelles sur le sujet sont réels avec comme conséquence de plus en plus de rejet (légitime) lié au sur-diagnostic. Les confusions entre TDAH, trouble anxieux, Asperger et HPI sont fréquentes. Je reçois trop de bilans erronés même de la part psychologues se disant spécialisés HPI, faute de rigueur professionnelle.

Je m'attache à rester dans une démarche scientifique et éthique, loin des mythes ou idées reçues. Par ailleurs, mon expérience et ma formation approfondie en neuropsychologie me permet de savoir mener un diagnostic différentiel de façon rigoureuse afin de ne pas tomber dans les écueils des erreurs diagnostics.

 

Les représentations et les mythes:

 

Les représentations de l'individu HPI varient en fonction des individus et des périodes:

ancienne image: l'enfant surdoué à lunettes, petit géni de la classe...

nouvelle image: personne présentant des troubles des relations sociales, hypersensible, forcément en souffrance

Et si ce n’était ni l’un ni l’autre ?

Et s’ils n’étaient ni forcément des génies ni forcément des personnes en souffrance ? 

Car oui, bon nombre d'entre eux vont très bien et font de leurs capacités intellectuelles une véritable force! 
Et si ceux qui étaient en souffrance l’étaient par le biais des mêmes processus psychologiques qui génèrent de la souffrance chez n’importe quelle autre personne ?

Les mythes sur le sujet naissent de représentations sociales qui, par le biais des réseaux sociaux et d'une littérature vulgarisée et éloignée des réalités de la recherche scientifique, finissent par passer dans la pensée commune comme des vérités. Car, si tout le monde le dit, comment cela pourrait il être faux?!! Certains thérapeutes, psychologues et autres, peu enclins à rechercher les vérités scientifiques contribuent à véhiculer de fausses informations et à installer ces dogmes sans en vérifier la validité scientifique.

 

Un exemple: L’empathie

une des caractéristiques des HPI, selon ce qu'on peut lire sur internet et dans bon nombre d'ouvrages sur le sujet, est d'être hyper empathique. 

 

L’empathie est un concept fourre tout et très subjectif, souvent utilisé à tort et à travers.

Alain Berthoz (2004) qui a travaillé sur l'empathie la définit comme un phénomène complexe multidimensionnel impliquant des processus perceptifs, cognitifs, motivationnels et mnésiques interagissant entre eux.

L’empathie est en effet souvent confondue avec le fait de ressentir en soi ce que ressent autrui, alors qu’il s’agit là de contagion émotionnelle. Ce processus est un processus primaire souvent activé lors de grands rassemblements sociaux (concert, stade…), mais aussi de manière plus individuelle entre deux personnes.

Les processus cognitifs, appellés « théorie de l’esprit », permettent de se représenter les états mentaux d’autrui. Interviennent également es processus émotionnels qui permettent de percevoir, reconnaître identifier les émotions d’autrui. De manière peut-être surprenante, sont mis en œuvre des processus visuo-spatiaux en simulant son corps dans la position du corps d’autrui. Il n’y a donc pas de module de l’empathie, ni de région cérébrale spécifique qui la sous-tendrait.

Pour résumer, l’empathie consiste à se mettre à la place de l’autre d’un point de vue cognitif et spatial, tout en gardant sa place. Ce n’est pas ressentir en soi ce que l’autre ressent comme l’on entend souvent.

La réalité de la consultation

Dans mes consultations, je rencontre des personnes me disant être hyper empathiques car ressentant très fortement les émotions d’autrui. Finalement on s'aperçoit qu'il s’agit plutôt d’une projection que fait la personne sur ce que l’autre peut ressentir. La personne imagine puis ressent ce qu’elle pourrait ressentir si elle était dans cette situation alors que l'autre peut penser et ressentir tout à fait autre chose!

D’autres personnes se disant empathiques en ressentant l’émotion d’autrui peuvent dire certaines choses qui vont vexer l’autre sans comprendre pourquoi. Lorsque je leur demande ce qu’elles ressentiraient si on leur disait cette même chose, instantanément, elles disent qu’elles le prendraient mal. Pourtant ce petit exercice est un composant essentiel de l’empathie. 

Dans ma pratique, j'ai également été confronté à des comportements pour le moins dénués d'empathie provenant pourtant de personnes HPI! Certains ne venant pas au rdv programmé sans prévenir, d'autres ne m'ayant pas réglé les séances qu'ils me devaient...

Alors, peut on encore affirmer que HPI = hyper empathique? par forcément, certaines personnes peuvent présenter davantage d'empathie mais on ne peut affirmer que cette caractéristique est une caractéristique propre au HPI...

Ceci est un exemple mais beaucoup d'autres caractéristiques psycho affectives sont dites caractéristiques des profils HPI, ce qui n'a aucun fondement scientifique et repose sur des représentations sociales et subjectives. 

 

Les difficultés potentielles liées au HPI

A l'école:

Chez l'enfant, le HPI peut être la cause d'un ennui à l'école pouvant se manifester par des difficultés attentionnelles, une inhibition des compétences, un désinvestissement scolaire... L'enfant ne voudra pas faire ses devoirs, se sentira incompris et pourra développer des troubles du comportement.

Un bilan sera alors utile pour mettre en place des adaptations scolaires

au travail:

Chez l'adulte, le HPI pourra être lié à des difficultés parfois sur le plan professionnel (ennui, besoin de stimulation, sentiment d'incompréhension, frustration...). La routine est très difficile à vivre et peut générer un bored out, ennui tel que surviennent anxiété, dépression...

sur le plan relationnel: le sentiment de décalage

De nombreuses personnes HPI (enfants ou adultes) se sentent en décalage parce qu’elles trouvent que les discussions manquent de profondeur et qu’elles ne peuvent pas partager leurs centres d’intérêts. Ceci correspond au besoin de communication, puisqu’il s’agit de partage, mais ici, ce besoin de partage est beaucoup plus restreint et se limiterait avant tout à l’assouvissement des besoins cognitifs de stimulation et d’expérimentation.

Les personnes HPI en attente de ce type de partage vont être très frustrées et ne pourront pas apprécier la relation telle qu’elle est. Par ailleurs, tout le monde ne possède pas les mêmes centres d’intérêts et n’est d’ailleurs pas capable de suivre les pérégrinations intellectuelles de l’interlocuteur HPI.  

Au-delà du manque ressenti d’échanges autour de sujets intellectuels, les personnes HPI font souvent part de leur déception parce que les discussions sont superficielles. Celles ci peuvent tourner autour de l’actualité sportive ou de la dernière série à la mode...

Par ailleurs, la qualité du langage employé peut faire obstacle à la communication. En effet, toutes les recherches dans le domaine du Haut Potentiel Intellectuel montrent des compétences verbales beaucoup plus développées que la norme,  (Liratni, 2209, Pereira-Fradin M et al., 2010,  Kermarrec S., 2017) . Un  vocabulaire plus précis et une syntaxe plus élaborée ne ne seront pas toujours compris par l’interlocuteur, qui aura alors un sentiment d’étrangeté. Cela est d’autant plus important chez les enfants car le décalage est alors plus manifeste. 

Les personnes à haut potentiel peuvent se sentir en décalage lorsque leur besoin de communication se restreint ou est grandement déterminé par le partage d’éléments intellectuels. La qualité de leur vocabulaire peut aussi paraître étrange pour autrui. La personne HPI se sent alors isolée, frustrée, en souffrance sur le plan relationnel.